Fede Valverde – Le point d’équilibre

Mardi dernier face au PSG, Federico Valverde étalait tout son talent sur la pelouse du Bernabéu. Coutumier du fait depuis son statut de joueur important au Real Madrid tout juste décroché, le jeune Uruguayen âgé de seulement 21 ans, continue de surprendre le monde du football. Après Vinicius et Rodrygo, le Real Madrid possède une troisième pépite dans son écurie.

C’est simple, sur les neufs titularisations de Fede Valverde, le Real n’a jamais perdu. Mieux ils ont remporté sept rencontres pour deux matches nuls (0-0 contre l’Atletico, 2-2 contre le PSG), pour un total de 23 points sur 27, et n’ont encaissé que cinq petits buts. Pourtant, Florentino Perez et ses hommes de main ont bien failli passer à côté du joueur.
C’est Juni Calafat, le visionnaire et dénicheur de talents côté Merengue qui a repéré le jeune uruguayen alors en train d’évoluer chez les -17 ans en Amérique du Sud. Après plusieurs scoutings, Calafat se dit convaincu et convainc tout le staff sportif du potentiel de Valverde. Seulement, le staff médical refroidit la piste ; selon les experts du club, le petit est trop frêle, à la limite de l’anorexie, et ne tiendra pas le choc. Son état physique est loin d’être adéquat pour un club comme le Real Madrid. Heureusement, Calafat et le département sportif insistent et souhaitent acquérir le joueur, en dépit des recommandations médicales. Chose faite, Valverde débarque dans la capitale espagnole en 2016, en provenance du CD Peñarol, pour 5 millions d’euros.

Le début de saison du Real fut compliqué. Après une pré-saison peu rassurante, marquée par quelques blessures, la petite polémique liée au poids du nouveau Galactique Eden Hazard mais encore les prestations très moyennes laissant voir des lacunes défensives effrayantes, les jours de Zidane, normalement intouchable, furent menacés. Plus encore, les rumeurs murmuraient le retour de Mourinho dans la maison blanche, après la probable éviction de Zizou. Mais depuis quelques semaines, après cette période de doutes, les Merengues retrouvent de leur superbe. Après la victoire 0-1 à Galatasaray, les madrilènes ont enchaîné les prestations XXL : 5-0 contre Leganes, une prestation convaincante face au Betis malgré le nul vierge, une victoire 6-0 contre les Turcs au retour, 0-4 à Eibar, une victoire 3-1 contre la Real Sociedad, et un match nul deux buts partout contre le PSG pendant lequel le Real Madrid a dominé les débats, et a livré son meilleur match de la saison, ternie par une petite boulette de Varane en fin de rencontre. En tête de la Liga avec le Barca, et quasi qualifiés pour les huitièmes de finale de la C1, les madrilènes respirent à nouveau, après avoir trouvé un point d’équilibre presque parfait entre l’attaque et la défense : Federico Valverde.

Après un passage chez la classe biberon, le Castilla, puis un prêt très prometteur au Deportivo La Corogne, Valverde gravit les échelons et obtient sa place dans l’effectif A du club. Très peu utilisé par Julen Lopetegui dans un premier temps, le milieu uruguayen obtient la confiance de Santiago Solari, intérimaire de Lopetegui, alors licencié. L’ayant connu au Castilla, Solari n’hésite pas à donner du temps de jeu à Fede lors de son court mandat. Si son potentiel et son talent n’étaient pas flamboyants à l’époque, notamment à cause de la forme de l’équipe en pleine reconstruction et décimée par les blessures de ses joueurs, Valverde a pu engranger un minimum d’expérience avant l’arrivée de Zidane, et façonner quelques lacunes techniques. La légende madrilène n’a pourtant pas daigné l’aligner de suite, préférant son trio habituel composé de Casemiro, Modric et Kroos. Mais aujourd’hui, Valverde est devenu une pièce maîtresse du 11 de Zizou. Aligné à côté du milieu défensif brésilien, indéboulonnable, et Kroos (plus que Modric, en déclin), l’Uruguayen a trouvé ses marques et ne cesse d’impressionner.

Formé en tant que milieu défensif, et gardé dans l’effectif en doublure de Casemiro, utilisé à foison par Zidane, Valverde s’est converti en milieu relayeur, voire box-to-box. Son travail lors des phases défensives est indispensable au bon équilibre du milieu et donc de l’équipe ; pressing constant, lecture du jeu et coupure des lignes de passes, placement impeccable, il donne l’opportunité à Casemiro de se positionner en fonction de ses coéquipiers. Lui qui devait avant gérer les espaces dans le dos des latéraux, en plus de couper les lignes de passes ou d’aller mettre la pression sur la partie supérieure du terrain avant d’effectuer un retour en sprint pour combler les trous laissés par sa présence sur une zone plus haute de la pelouse, peu désormais se focaliser sur moins de taches et sur une zone plus restreinte du terrain. Quant à Toni Kroos, il n’a jamais été le meilleur défensivement. Pourtant, son association avec Casemiro l’obligeait à effectuer quelques tâches ingrates, notamment en perte de balle lors des reconversions offensives adverses. Aujourd’hui, la présence de l’Uruguayen dans le milieu permet au métronome allemand de jouer plus haut en possession de balle (il s’infiltre plus avec et sans ballon, et se retrouve plus souvent dans le rectangle) et d’être ménagé lorsque le Real doit rapidement se replacer et contrôler les contres de l’adversaire (idem pour Luka Modric lorsqu’il est aligné aux côtés de Valverde).

La heatmap (de gauche à droite) de Casemiro sans Valverde (contre Levante). Très présent devant la défense mais également dans la les 30-40 dernier mètres adverses, obligé de couvrir quelques zones du terrain très excentrées. (crédits : sofascore)
La heatmap (de droite à gauche) de Casemiro avec Valverde (contre Eibar). Sa présence devant la défense est beaucoup plus prononcée. Sa présence sur les cotés et dans les 30-40 derniers mètres adverses est beaucoup moins prononcée. (crédits : sofascore)

En phase offensive, le moteur de Valverde lui donne l’énergie nécessaire pour surprendre l’adversaire par moment en plongeant dans le dos de Karim de Benzema. Ses infiltrations sont toujours intéressantes, et obligent l’adversaire à suivre son mouvement, laissant un champ d’action plus large à Benzema, voire Hazard, lorsqu’ils viennent décrocher. Mais aussi, ses appels de balle dans la profondeur et sa lecture des trajectoires offrent des solutions en plus aux milieux qui n’ont plus qu’à faire le bon choix, et aux latéraux qui peuvent transmettre des ballons le long de la ligne dans la course. Cependant, Valverde n’est pas seulement un marathonien. Et bien qu’il ne possède pas les qualités d’un Kroos ou d’un Modric pour casser les lignes et temporiser à la recherche de la solution idéale, il détient la capacité de se projeter rapidement vers l’avant balle au pied. Sa vélocité et sa puissance malgré son gabarit lui donnent un avantage lorsqu’il est lancé. Notons aussi qu’il possède une bonne qualité de frappe.

Les rumeurs ont longtemps parlé de Paul Pogba au Real Madrid, désiré par Zinedine Zidane. Aujourd’hui, Valverde semble se rapprocher de la version du milieu relayeur que Pogba aurait été pour l’entraîneur, si le transfert avait eu lieu. Celui qui est devenu un pion indispensable dans le milieu madrilène, est aussi devenu le chouchou des fans qui adorent voir ce genre de joueur évoluer : discret, travailleur dans l’ombre, n’hésitant pas à salir sa tunique pour le bien de ses coéquipiers, Valverde s’est mis tout le Bernabéu en poche en quelques semaines seulement. Avant lui, Ceballos, Kovacic, Isco, James ou Llorente ont tenté de s’imposer dans le milieu occupé par Casemiro, Modric et Kroos. En vain. L’ascension du jeune uruguayen de 21 ans est donc vue comme un exploit par les observateurs à l’heure où l’effectif vieillit et nécessite de la fraîcheur.

Arrivé sur la pointe des pieds, Federico Valverde met tout le monde d’accord de jour en jour. Si à 21 ans, il a réussi à se rendre indispensable dans un groupe où les places sont très chères, on parle déja d’une prolongation de contrat avec une offre jusqu’en en 2025 et une clause libératoire de 750 millions d’euros. De quoi assurer sa présence au Bernabéu pour quelques années, et probablement quelques prestations XXL suivies de standing-ovations comme il en a déjà connues, à deux reprises.

Alexander Anderson

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