Football et propagande : un mariage pour le pire

Nous le savons tous, le football réunit un monde fou partout sur le globe. Dans chaque contrée, il suscite un engouement dont lui seul a le secret. Malheureusement, si le football est surtout connu pour prôner des valeurs vertueuses, unir les cœurs des Hommes de tous les âges et de tous les horizons, il a aussi permis de répandre un message de haine à très grande échelle, ou de faire miroiter une image factice. Décryptons ensemble l’usage du football dans les propagandes nazies, fascistes et franquistes.

Benito Mussolini : le pionnier

Avant de se pencher en détail sur l’aspect footballistique en lui-même, un rapide rappel du parcours de Mussolini jusqu’à sa prise de pouvoir s’impose.

Benito Mussolini nait le 29 juillet 1883 à Predappio, une ville à une vingtaine de kilomètres de Cesena. Né d’une mère institutrice, mais surtout d’un père forgeron et socialiste endurci, Benito Mussolini se prédestine tout naturellement vers le socialisme. D’abord instituteur puis journaliste, Benito s’attèle à dénoncer les inégalités dans le royaume d’Italie. Adhérent d’un parti socialiste, il se retrouve propulsé sur le devant de la scène en 1912 en prenant la tête d’une fraction du parti révolutionnaire. Un premier tournant dans sa carrière politique arrive : la Première Guerre Mondiale (WWI), déclenchée par l’assassinat de François-Ferdinand, héritier au trône d’Autriche-Hongrie, sera synonyme pour Mussolini de fracture avec le socialisme. Une fracture symbolisée par son envie de voir l’Italie entrer en guerre, imaginant sa patrie retrouver sa splendeur passée. Des espérances bien au-delà des résultats obtenus qui forceront Mussolini à créer un mouvement politique avec d’anciens combattants : les Faisceaux de combat.

Un parti qui le mènera aux plus hauts sommets de l’état : il devient, le 29 octobre 1922, Président du conseil (l’équivalent d’un Premier Ministre) et héritera même des pleins pouvoirs, après avoir forcé la main aux institutions. Dès lors, le régime italien devient un régime fasciste. Le fascisme va à l’encontre des régimes parlementaires et allie nationalisme exacerbé, populisme et totalitarisme, puis teinté de politique militaire après la rencontre entre Mussolini et Hitler (que nous évoquerons plus tard). Le contexte d’après-guerre facilite grandement la mise en place du régime. Commence alors un long périple pour le Duce (le chef) : celui de définitivement convaincre le peuple que le fascisme est LA solution pour relever le pays et le régime dont les italiens peuvent être fiers. Un évènement bien des années plus tard lui permettra de définitivement convaincre : la coupe du monde 1934, organisée en Italie.

Mussolini et ses partisans du Faisceaux de combat, lors de la marche de Rome du 29 octobre 1922

Le contexte de la coupe du monde 1934 est particulier. A l’heure où le monde subit sa pire dépression économique, et devant une Uruguay refusant de faire le voyage en Europe pour défendre son titre, c’est dans un climat des plus étranges que la compétition se déroule. Mussolini n’aime pas le football, il préfère se consacrer à l’équitation, la pêche, ou plus simplement le travail dans les champs. Néanmoins, au vu de la popularité du sport et de l’engouement qu’il génère, il veut se servir de la compétition comme d’une énorme opération communication pour son régime. Mussolini propagande ainsi une Italie courageuse, vigoureuse, attractive et pas avare de travail. Mussolini est vu en train de skier, de faire de l’équitation, en train de nager, mais jamais avec une balle au pied. Dès lors, tout est mis en œuvre pour qu’à l’international et partout en Italie, le régime affiche son meilleur jour : un accueil aux fans étrangers des plus notoires, des apparitions dans les stades, une assimilation du style de jeu italien aux valeurs du régime politique, tout est bon pour l’image du Duce et du régime fasciste.

L’Italie s’en va gagner sa coupe du monde et apparait aux yeux du peuple comme des héros, des modèles de réussite fasciste, mais la réalité miroitée par Mussolini cache une vérité bien plus véreuse. Choisissant les arbitres avant les matchs et les rencontrant la veille des matchs, le dictateur italien va même aller plus loin en corrompant Ivan Eklind, arbitre suédois déjà reconnu dans la profession depuis quelques années. Ce dernier, sous les ordres et choix du Duce, a officié pendant la demi-finale et la finale de la coupe du monde. L’Italie victorieuse sur la plus petite des marges contre ce qui constituait la meilleure équipe du monde dans les années 1930, l’arbitrage du suédois sera plus que permissif en faveur des italiens, qui passeront le plus clair de leur temps à casser les joueurs adverses et notamment la star Matthias Sindelar.

Vittorio Pozzo, sélectionneur de l’Italie, brandissant la coupe du monde 1934 au milieu de ses joueurs, sous les yeux du Duce

Un arbitrage indigne d’une confrontation entre les deux meilleurs joueurs du monde de l’époque, Giuseppe Meazza du côté italien contre l’artiste autrichien Matthias Sindelar. Le stade de San Siro, qui avait une pelouse anormalement boueuse, a été également choisie par l’exécutif italien, empêchant ainsi l’équipe la plus talentueuse du tournoi de pratiquer son jeu de passes. Une finale tout aussi douteuse sur le plan arbitral, cette fois-ci masquée par une victoire un peu plus nette sur le score de trois buts à un contre une Tchécoslovaquie résignée. Le style de jeu de l’Italie se voulait agressif, solide défensivement et efficace offensivement. Une équipe solidaire, patriote au point de mourir sur le terrain pour le salut de l’équipe, un collectif qui souffrait et se sacrifiait les uns pour les autres. Les valeurs prônées par le régime fasciste, d’où le fait d’avoir eu un Meazza, buteur star de l’Inter Milan, numéro 10 dans le système italien très collectif, au contraire de ses habitudes passées en club où il était un pur finisseur.

La suite des évènements ? Un titre conservé en 1938 lors de l’édition organisée en France, avec une influence moindre sur les résultats sportifs du Duce. Exit les corruptions arbitrales et l’influence directe sur les résultats, place au costume de « manager » à distance. Que ce soit le choix des tenues noires pour donner un ton sobre et élégant à ses joueurs, l’attitude renvoyée en dehors des terrains pour promouvoir en France les « bienfaits » du fascisme, ainsi qu’une rigueur de tous les instants pour les joueurs, ces derniers sont, sur ordre direct de Mussolini, les véritables instruments de la propagande en France. Ces évènements seront suivis du conflit le plus ensanglanté de l’histoire de notre humanité. Un bilan sportif exceptionnel, mais teinté d’une ombre sanglante et des plus honteuses qui minimisent grandement la domination footballistique italienne. Entre temps, le compère du Duce, Adolf Hitler va se servir, quand à lui, des Jeux Olympiques de 1936 pour tenter d’appliquer la même recette que Mussolini, mais aussi également du football autour de deux matchs amicaux clés dans l’histoire de notre humanité.

Adolf Hitler : entre ascension fulgurante et camouflets personnels, sportifs et géopolitiques

Adolf Hitler nait le 20 avril 1889 à Braunau am Inn, une ville située en Haute-Autriche, plus précisément aux abords de la frontière allemande. Issu d’une union entre un douanier autrichien et d’une domestique, les échecs au cours de sa jeune vie d’adulte le façonnent. Le natif de Braunau am Inn a une relation conflictuelle avec son paternel, notamment à cause de la question de son avenir. Adolf veut être artiste-peintre, tandis que son père souhaite en faire un fonctionnaire comme lui. Finalement le futur Führer va au bout de ses idées, et échoue deux fois aux beaux-arts de Vienne. D’échecs en échecs, Hitler touchera le fond au sortir de la Première Guerre Mondiale. Blessé de guerre et abattu moralement, Hitler décide de se lancer en politique dès l’annonce de l’armistice du 11 novembre 1918. Hitler se sent alors investi d’une mission sacro-sainte : rétablir l’honneur allemand et réunifier les peuples germanophones.

Adolf Hitler au milieu de ses collaborateurs du parti nazi dans les années 1920, un cliché qui place déjà Hitler au centre de tout dans son parti

Très vite, son ascension politique se fait ressentir et celui qui se distingue par un talent oratoire rare intègre le Deutsche Arbeiterpartei (parti des travailleurs allemands) en 1919, qui se renomme Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, ou NSDAP en 1920. Les 8 et 9 novembre 1923, Adolf Hitler tente un coup d’état à Munich qui se solde par un échec cuisant. Seize morts mais surtout une arrestation du leader nazi et un emprisonnement de cinq ans. Hitler ne purge que neuf mois, neuf mois qui auront suffi pour lui permettre d’écrire son tristement célèbre Mein Kampf. Dans ce livre, il y fait un exposé finalement très brouillon de ses idées, de ses aspirations et du programme qu’il a en tête pour laver l’affront allemand de la décennie précédente. Suite à ses neuf mois de captivité, Hitler s’attèle à la restauration du parti nazi et œuvre à son ascension vers les sommets politiques nationaux. La Grande Dépression de 1929 aura des conséquences cataclysmiques sur l’économie allemande, et parallèlement permettra à Adolf Hitler d’agrandir son électorat jusqu’à ce qu’il atteigne son objectif. Le 30 janvier 1933, Hitler devient le Chancelier du IIIème Reich.

La propagande nazie par le sport est connue de tous, notamment celle autour des Jeux Olympiques de 1936 à Berlin. Néanmoins, nous allons nous concentrer sur deux matchs de football en particulier.

Le 4 décembre 1935, l’Angleterre reçoit, à White Hart Lane, l’Allemagne nazie dans le cadre d’un match amical. Un match qui aux premiers abords a pour but de « sceller » l’amitié anglo-germanique. L’opinion publique anglaise n’accueille pas bien la nouvelle, et la FA ne souhaite pas mêler football et politique lors de cette opposition. C’est ainsi que la FA organise le match de son côté afin d’éviter toute intervention du gouvernement et de donner une importance autre que sportive à cette rencontre. Malgré les craintes des anglais, les supporters de l’Allemagne qui font le déplacement se révèlent être des gens somme toute charmants, polis, éduqués et à Londres pour visiter la ville et louer ses infrastructures et son charme. Les joueurs allemands eux restent très fair-play et ne pas portent de brassard nazi (les supporters non plus). Les maitres mots autour de cet évènement sont l’amour et la passion du jeu. Le salut Nazi est réalisé par les joueurs allemands au moment où l’hymne retenti. Une fleur est faite aux allemands pour l’occasion : les locaux laissent l’honneur à leurs adversaires de porter leurs maillots blancs, tandis que les anglais évoluent avec des maillots bleus.

Hans Jacob, le gardien allemand qui dégage un ballon aérien lors d’Angleterre 3-0 Allemagne le 4 décembre 1935

Concernant le match en lui-même, il y a peu de choses à dire, les allemands étant en dessous des anglais sur le plan technique. Dans le jeu, le contenu était sommes toutes assez pauvre avec un Stanley Matthew qui aurait pu s’offrir un triplé mais qui a fait preuve d’un déchet inhabituel. Cela n’a pas empêché de voir une victoire sèche et claire des locaux face à leurs opposants allemands sur le score de trois buts à zéro, malgré des allemands plus entreprenants et tentant des combinaisons en début de second période. A noter le doublé de l’incontournable Georges Camsell (42’ et 66’), légende de Middlesbrough et détenteur d’un ratio irréel (dix-huit buts en neuf sélections). Cliff Bastin, légende et ex-meilleur buteur de l’histoire d’Arsenal est l’auteur du troisième but anglais. Les allemands peuvent s’estimer heureux du manque de réalisme de leurs vis-à-vis anglais car le score aurait pu être bien plus lourd. En guise de conclusion, un banquet est organisé pour les joueurs anglais et allemands.

Une opération de communication des plus réussies aux yeux de l’état-major allemand qui aura endormi les consciences à un moment charnière, puisque quelques mois plus tôt (le 16 mars), Hitler réarmait l’Allemagne et se constituait une armée de 300 000 hommes pouvant aller jusqu’à 600 000 si on inclut les hommes soumis au service militaire mais pas encore officiellement soldats. Si ce match est une franche réussite malgré le revers sportif, un autre match mettra en lumière l’ombre d’Hitler et sa politique belliqueuse.

Le 3 avril 1938 se déroule un match amical aux enjeux bien plus politiques que sportifs, qui oppose la Wunderteam autrichienne à l’Allemagne nazie. La rencontre, surnommée le « Derby de la fraternité » ou encore « Derby de la réunification », fait suite à l’Anschluss du printemps 1938 et vient sceller la réunion des peuples germanophones. Les dignitaires nazis, dont Hitler, sont présents à Vienne pour ce dernier match de l’Autriche avant que l’équipe ne soit absorbée par l’équipe allemande. Tout était si millimétré qu’il était convenu à l’avance du score final : un score nul et vierge pour assurer une parité et conserver une amitié même si l’entité autrichienne était amenée à disparaitre. Dans ses quatre-vingt-dix dernières minutes, et malgré le déclin d’une équipe vieillissante et au crépuscule de son existence, elle reste en tout point infiniment supérieure à son adversaire allemand. Dans cette parodie d’exhibition sportive sur fond politique, et alors que le match touche lentement à son terme, Mathias Sindelar, le meilleur joueur du monde à cette époque ouvre le score à vingt minutes du coup de sifflet final. Un affront et une célébration devant Hitler en personne qui lui coûteront la vie. Le match se solde sur une victoire autrichienne deux buts à un. Un véritable camouflet en public pour Adolf Hitler, lui qui souhaitait s’attacher les services de Mathias Sindelar pour la coupe du monde de la même année en France. Sindelar, symbole de résistance mais surtout emblème du patriotisme autrichien le paiera de sa vie.

La Wunderteam autrichienne et son symbole, Mathias Sindelar (3ème homme debout en partant de la gauche)

La suite des évènements ? Le conflit le plus sanglant de notre histoire, un dictateur un temps au sommet avant de rapidement chuter, la faute à une santé défaillante et un médecin qui lui faisait ingurgiter de puissants somnifères pour pallier ses troubles du sommeil et des médicaments/élixirs qui le stimulaient et l’excitaient. Un mélange dévastateur qui justifiera sa défaite en 1945. Le football s’est avéré être un moyen efficace pour Hitler d’assouvir ses ambitions, pour un bilan plus que controversé. Les échecs aux J.O 1936 et cette élimination piteuse à domicile face à la Norvège, l’humiliation lors de l’édition de coupe du monde 1938 et le camouflet de Vienne, ces expériences sont un assez bon résumé de ce qu’était Hitler : un personnage qui arrive au bout de ses idées mais accumulant les échecs.

Dans ce monde des années 1930, dans cette Europe à l’aube de la plus grande barbarie jamais expérimentée, un homme a su se distinguer par une malice et un opportunisme des plus notoires ; un dictateur qui a réussi à passer entre les mailles du filet et qui aura exploité au mieux le football pour exercer sa dictature sans être inquiété. Le troisième « larron » du triumvirat dictatorial européen : Francisco Franco.

Francisco Franco : opportuniste et malicieux

Cadet d’une fratrie de cinq enfants, Francisco Franco nait le 4 décembre 1892 à El Ferrol, une ville de la province de La Corogne en Galice. Né dans un environnement militaire (El Ferrol est une ville marquée par une tradition militaire), fils d’un trésorier de la marine et d’une femme pieuse issue elle-même d’une famille de marins, Franco était destiné à être dans la marine espagnole. En 1912, et après trois années d’apprentissage entre 1907 et 1910, il est envoyé au Maroc et est nommé Lieutenant des troupes indigènes. Entre 1912 et 1915, Franco se construit une légende de militaire invincible jusqu’à ce qu’une blessure au ventre porte un coup d’arrêt à ce mythe. Il est alors promu commandant malgré le scepticisme de ses supérieurs. Une promotion qui a eu lieu grâce à un allié de poids inattendu : le général Miguel Primo de Rivera, plus proche collaborateur du roi d’Espagne et futur Président du Conseil. Un lien se crée entre les deux hommes et l’ascension de Franco commence réellement jusqu’à finir dans les petits papiers d’Alfonso XIII, le roi d’Espagne. Une relation qui tombe à point nommé pour l’opportuniste qu’est Franco. Un évènement va directement propulser Franco au sommet : la Guerre Civile Espagnole, qui oppose républicains et nationalistes/royalistes.

Francisco Franco l’épicurien, ici en 1913, rédigeant une lettre à l’attention de celle dont il est tombé sous le charme, la fille de son supérieur, le commissaire général du Maroc de l’époque, José Subirán Espinal.

Ce conflit est le théâtre d’une de ses déclarations des plus célèbres où il affirme : « Peu importe le prix à payer, je sauverai l’Espagne du marxisme ». Même si les républicains bénéficieront du soutien des soviétiques et du Mexique, les hommes de Franco sont mieux armées et mieux lotis. En effet, Franco bénéficie d’appuis notables de la part de l’Allemagne nazie d’Hitler et de l’aviation italienne de Mussolini. Un appui pécunier d’abord, car en obtenant des fonds de la part des allemands essentiellement, Franco a la main sur son groupe armée et peut garder leur moral au beau fixe en leur promettant une augmentation. En plus de cela, les allemands sont en avance et mieux fournis en termes d’armement et de logistique de guerre. Un avantage certain et décisif qui permet la victoire de Franco lors de la Guerre Civile espagnole, mais également de mettre à exécution son plan pour renverser Alfonso XIII et bénéficier de sa toute-puissance. Son alliance avec les fascistes et nazis représentait une relation gagnant-gagnant car Franco bénéficiait de l’amitié d’Hitler et Mussolini (par son anticommunisme) et était neutre dans le conflit de la Seconde Guerre Mondiale (pour lequel il a montré aucun intérêt) ; le duo Hitler-Mussolini disposant ainsi d’une garantie que l’Espagne ne les gêne pas pendant leurs belliqueuses campagnes en France et à l’est de l’Europe.

Au sortir de la seconde guerre mondiale, Franco va bénéficier d’un élément footballistique qui lui assure une certaine pérennité : le Real Madrid de la fin des années 1950.

Entre 1956 et 1960, le Real Madrid remporte les cinq premières éditions de la Coupe d’Europe des Clubs Champions (C1). Une performance imputable à un seul homme qui avait une vision futuriste pour son époque : Santiago Bernabéu. Longtemps considéré comme le club de la famille royale, le Real Madrid a souffert d’une étiquette erronée vendant le club comme celui de Franco et lui attribuant ses succès sportifs. Il n’en est rien. Longtemps pauvre de trophées (deux championnats en 1932 et 1933), la machine madridista s’est lancée réellement en 1954 avec l’arrivée d’Alfredo Di Stéfano sous l’impulsion d’un Bernabéu désireux de conquérir les sommets. Et c’est dans ce désir de sommets (sportifs) que Franco a trouvé l’image qu’il voulait donner à son Espagne fermée aux yeux de l’Europe, voire presque isolationniste.

Franco (de dos) qui recevait Santiago Bernabéu (au centre) après une victoire du Real Madrid en C1

Franco éprouvait un profond respect pour Santiago Bernabéu et s’est rapproché de lui, s’est affiché à l’Estadio Chamartín (rebaptisé Estadio Santiago Bernabéu après le décès de ce dernier) dans l’unique but de donner un éclat à sa politique dictatoriale et terne. Santiago Bernabéu séduisait Franco par sa franchise et son entièreté, il était celui qui ne courbait pas l’échine.  Il était le seul homme capable de poser la question « êtes-vous un dictateur » à Franco. Le sport étant le seul domaine où il était possible de prononcer des mots qui dans d’autres sphères et contextes (politiques) poseraient énormément de problèmes, il était le seul domaine qui échappait à l’emprise du dictateur espagnol. Preuve de son respect immense à l’égard de la légende du Real Madrid, Franco, qui n’était pas favorable à l’idée de la création d’une compétition continentale, a appelé le président du Real Madrid pendant son voyage à Paris. Homme persuasif et charismatique, Bernabéu eu de la part de Franco carte blanche.

Le belligérant espagnol, craintif quant à l’éventuel chute de niveau de la Liga en cas de création de Coupe d’Europe fut pleinement satisfait de sa décision et le Real Madrid devint ainsi le meilleur club de la planète. Le club de la capitale espagnole s’est fait grand par la seule impulsion de Bernabéu, par sa vision très futuriste du football et dont les résultats sont encore tangibles aujourd’hui, par sa politique basée sur le recrutement de stars. Un opportuniste de l’envergure de Franco ne pouvait que s’afficher le plus possible au stade madrilène pour s’en attribuer les mérites. Pour conclure, une autre opportunité sportive s’est présentée à lui : les demi-finales et la finale de l’euro 1964, et surtout la finale. Dans une affiche opposant l’Espagne à celui qu’il décrivait comme son ennemi naturel (l’URSS), à domicile, l’enjeu était national à ses yeux. La lutte contre le communisme s’est alors déportée sur les prés footballistiques, pour une issue heureuse. Franco exulte, célèbre, mais surtout savoure son impression d’écraser les communistes chez lui. Cette haine du communisme sera salvatrice pour sa survie à la tête de la péninsule ibérique car à l’heure de la Guerre Froide, il se révèle comme un allié du bloc ouest.

Soccer Nostalgia: The Euros-Part Two (1964 Edition)
L’Espagne d’Amancio Amaro et Luis Suárez Miramontes, ici à Santiago Bernabéu, peu avant coup d’envoi de la finale de l’Euro 1964 Espagne 2-1 URSS

La dimension culturelle, sociale et politique du football est trop peu estimée aujourd’hui. D’une manière très indirecte, elle a eu une influence sur des atrocités de notre monde et des épisodes sombres de l’histoire de nos voisins, et sur la nôtre également in-extenso. Qui sait ce qu’il adviendrait si le football ne concentrait pas autant de masses ? Le football est aujourd’hui encore l’objet de récupérations de la part des différentes classes politiques des états du globe. Il recèle une richesse culturelle aussi grande que méconnue. Le résumer à des personnes qui courent après un ballon est un réel gâchis car il reste un vecteur d’union à géométrie variable, en bien ou en mal. Le football et son monde ne sont que des reflets de notre monde selon l’époque dans laquelle on décide de plonger. Tâchons de ne plus négliger cela.

Abdou lad

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