Bob Paisley : une vie en rouge


Le football est un domaine qui regorge de belles histoires. Parmi les plus appréciables, on retrouve celles des hommes d’une seule équipe, d’un seul club, d’une seule institution. Dans cette catégorie, un homme s’est distingué par son amour, son engagement total, sa passion débordante, et ses succès tous plus fous les uns que les autres. Parce que Mao Zedong n’était pas le seul à la tête d’une armée rouge, retour sur le parcours de Bob Paisley, la légende absolue de Liverpool.

Enfance et début de carrière en amateur

Robert Paisley, surnommé Bob, nait le jeudi 23 janvier 1919, dans le petit village minier du comté de Durham, à Hetton-le-Hole, près de Sunderland dans le nord-est de l’Angleterre. Issue d’une fratrie de quatre garçons dont il est le cadet, la naissance de Bob est déjà symbolique : le jour de sa venue au monde correspond à une grève nationale des mineurs. Ces derniers militent pour avoir une semaine de travail plus courte. A peine né, le destin du nourrisson Paisley est déjà lié à la mine.

Son enfance se déroule dans un milieu éprouvant et difficile, comme pour l’ensemble de la classe ouvrière. Néanmoins, avec la simplicité qui le caractérise, il décrit son environnement et ceux qui l’ont entouré avec ces mots : « une communauté très unie où le charbon était roi et le football religion ». Il ajoute également : « Nous vivions dans une petite maison mitoyenne, et bien que nous n’ayons jamais manqué de l’essentiel, il ne restait jamais beaucoup d’argent à la fin de la semaine ». Robert a fréquenté l’école primaire locale d’Eppleton, jusqu’à environ quatorze ans. Lors des récréations, son activité favorite était bien évidemment le football. Bien au-dessus de ses camardes, il s’avérait être pour son âge un footballeur d’exception. Entre autres, il a notamment aidé l’équipe d’Eppleton à remporter dix-sept trophées en quatre ans.

Bob Paisley (à gauche de l’image NDLR), dans un duel aérien lors d’une partie durant son adolescence.

Après avoir quitté l’école à l’âge de quatorze ans, Bob Paisley a d’abord travaillé aux côtés de son père à la mine. Comme ses camarades, il devait compter sur les soupes populaires pour compléter son maigre régime alimentaire. Peu de temps après ses débuts, son père a subi un accident souterrain qui l’a rendu incapable de travailler pendant cinq ans. La mine a été fermée par la suite, et Bob a suivi une formation pour devenir maçon. En parallèle, sa carrière de footballeur a commencé à prendre forme.

Robert rejoint le Hetton Football Club après avoir quitté l’école en 1933. Le talent précoce de Paisley en tant que footballeur écolier était bien connu dans la région du County Durham. Ses performances à l’âge de 15 ans pour Hetton Juniors avaient attiré des recruteurs de plus en plus éloignés. Son rêve d’enfant était de jouer pour Sunderland, mais lorsqu’il leur a été recommandé par Hetton, il a été rejeté car il était trop petit. Il n’est pas retenu pour la même raison par Wolverhampton et Tottenham. Il pense alors que ses ambitions footballistiques ne se réaliseraient pas.

Bishop Auckland, l’une des meilleures écuries de l’histoire du football amateur anglais, vient au secours du natif de Durham, en l’engageant avant le début de la saison 1937-1938, avec un salaire de trois shillings et six pence par match. La saison suivante, le Bishop Auckland réalise un triplé historique : Northern League, la FA Amateur Cup remportée 3-0 au Roker Park contre Willington en prolongations, et la Durham County Challenge Cup acquise au détriment des South Shields. À l’issue de cette saison, l’intérêt de Sunderland pour le latéral gauche anglais est ravivé. Les Black Cats arrivent néanmoins trop tard, car le jeune Bob a déjà promis à un homme qu’il le rejoindrait en fin de saison. Son nom ? Georges Kay, coach et icône du Liverpool Football Club. Il ne joue que deux matchs avec la réserve lors de la saison 1939-1940, juste avant que la Seconde Guerre Mondiale n’éclate. Il n’a alors que 20 ans.

Sa carrière de joueur professionnel : les prémices des succès futurs

Avant d’être affecté en Afrique pour la guerre en 1941, Robert Paisley compte 34 apparitions et a marqué dix buts, la majorité d’entre eux dans la North Regional League. La Seconde Guerre Mondiale arrive alors que Bob monte en puissance sur le plan footballistique.

Paisley rejoint le soixante-treizième régiment de l’artillerie royale. Il est canonnier et artilleur anti-char. Lui est affecté en Afrique du nord, pendant que le reste de ses camarades le sont au Japon. Pourquoi ce traitement ? Parce que Robert était le capitaine de football de son régiment ! Il revient sur cette partie de sa vie avec ces mots : « J’aurais dû partir avec eux mais j’ai été transféré dans une autre section parce que j’étais le capitaine de football du régiment. C’était un peu de chance car mon unité a été capturée peu après son arrivée et a passé le reste de la guerre dans un camp de prisonniers de guerre. ».

Bob Paisley, posant fièrement avec son uniforme militaire.

Robert se bat avec la huitième armée du maréchal Montgomery, appelé les rats du désert.  Son unité se révèlera être décisive durant le conflit mondial, plus précisément lors de la victoire d’El Alamein, qui a défait l’Afrika Korps du Generalfeldmarschall Erwin Rommel. Le jeune artilleur antichar Paisley prend part à l’opération Crusader, qui se solde par la levée du siège de Tobrouk, puis a combattu lors de la deuxième bataille d’El Alamein. La campagne d’Afrique du Nord aura couté la vie à plus de 35 000 soldats et officiers du Commonwealth britannique. Le régiment de Paisley aura néanmoins su rester en dehors des problèmes. A part cela, Paisley est resté indemne. Il quitte l’Afrique à la fin de 1943, envahit la Sicile, puis se fraye un chemin en Italie.

Alors que Bob est en service dans le pays transalpin, il apprend que son jeune frère Alan est décédé à l’âge de quinze ans de la scarlatine et de la diphtérie. En entendant cette nouvelle, Paisley s’éloigne sans but de l’endroit où il était positionné, naturellement étourdi et bouleversé par ce qu’il vient d’entendre. Quelques instants plus tard, un obus tombe et explose, juste là où il se trouvait. Cette nouvelle tragique lui avait ironiquement sauvé la vie. Plus tard, il fait partie du convoi allié lorsqu’il est entré dans Rome sans rencontrer d’opposition.

En juin 1944, il monta fièrement à bord d’un char lors de la libération de Rome par les Alliés. Un moment de fierté car les forces de secours sont accueillies en héros par les Italiens. Le conflit étant terminé, Paisley reprend le fil de sa vie et de sa carrière. La guerre lui aura donné un caractère scouse bien avant ses débuts, car l’essentiel de ses compagnons de guerre sont des merseysiders.


Marqué par la guerre, Bob Paisley se marie en 1946, et fonde par la suite une famille de trois enfants. Il ne le sait pas encore, mais un autre mariage, avec Liverpool cette fois-ci, l’attend. Ce sont les cinquante années suivantes qu’il s’apprête à passer avec Le club de la Mersey. Et Paisley n’a pas fini de vaincre les allemands, ni de parader à Rome

Sa carrière de joueur professionnel : les prémices des succès futurs

Paisley reprend sa carrière à Liverpool en 1945/46, alors que la Football League met en place une division temporaire Nord et Sud, et participe à la FA Cup. Le 31 août 1946 signe le retour du football en Angleterre. Dans une équipe qui compte le buteur Jackie Balmer, l’arrière gauche Bob Paisley, mais surtout le génial ailier écossais Billy Liddell, avec qui il noue une profonde amitié, Liverpool donne enfin le coup d’envoi de la nouvelle ère d’après-guerre.

Paisley manque les deux premiers matches, mais a fait ses débuts en championnat, lors du troisième match de la saison contre Chelsea à Anfield le 7 septembre. Des débuts en montagnes russes, puisqu’il se révèle déjà décisif dans une victoire folle 7-4. Billy Liddell, Willie Fagan et Bill Jones ont marqué deux buts chacun et Balmer inscrivant l’autre. Quatre jours après la fête du but de Chelsea, les Reds s’inclinent 5-0 face au Manchester United de Matt Busby. Une défaite « salvatrice » puisqu’elle pousse le manager Kay à signer Albert Stubbins, 28 ans, en provenance de Newcastle United pour la somme record de 13 000 £.

Bob Paisley, sous la tunique de Liverpool, la seule équipe professionnelle de sa carrière

La signature de Stubbins s’est avérée être un pari réussi. Il a marqué pour ses débuts contre Bolton et a immédiatement conquis les fans. Les buts se succèdent et Liverpool remporte le premier championnat post-Seconde Guerre Mondiale pour la première vraie saison au club de Bob Paisley. Ce dernier a participé à 33 des 42 matchs de championnat de Liverpool cette saison-là, et s’est imposé rapidement comme un pilier de l’équipe au poste de latéral gauche. Il avait impressionné et gagné l’admiration des autres membres de l’équipe grâce à son travail acharné, sa ténacité et son étonnante capacité à analyser correctement les tournants du match dans le vestiaire après les rencontre.

Robert contribue à la reconquête du titre, après 24 années de disette. Les saisons suivantes, il continue de s’affirmer. Lors de l’exercice 1947-1948, il joue 39 matchs comme la saison précédente. Mais surtout, il inscrit son premier but sous le maillot des Reds, en ouvrant le score en championnat contre le cador post-Seconde Guerre Mondiale du championnat : Wolverhampton. Dans un match épique remporté 2-1 en fin de partie, les Wolves du milieu défensif Billy Wright étaient très certainement la meilleure équipe du monde à cette époque. Le club de la Mersey termine onzième du championnat, et est éliminé au quatrième tour de la FA Cup sur un cinglant 0-3 contre Manchester United.

Bob Paisley, un homme simple aux accomplissements grandioses, ici sous la tunique légendaire des Reds

La saison 1948-1949 est quasiment à l’identique de la précédente : un seul but marqué contre Portsmouth en championnat dans une défaite 3-2. Mais surtout la barre symbolique des 40 matchs disputés sur la saison est atteinte. Liverpool ne fait pas mieux qu’une douzième place en championnat, et est éliminé au cinquième tour de FA Cup par Wolverhampton.

En revanche la saison 1949-1950 est en demi-teinte. Freiné par les blessures, il ne dispute que 28 matchs et inscrit deux buts, dont un en ouverture de championnat contre… Sunderland ! Cette saison s’achève par une huitième place en championnat. Elle est également marquée par une cruelle désillusion, en finale de FA Cup contre Arsenal, après avoir éliminé Everton en demi-finales grâce à une réalisation de Paisley. Pour la première apparition de Liverpool à Wembley, Georges Kay s’est volontairement passé de Bob Paisley pour le match le plus important de la saison. Une décision incompréhensible, qui a couté le titre aux Reds (2-0 pour les Gunners) tant Bob était important dans l’animation offensive de son équipe. Un choix largement conspué par les supporter de Liverpool, qui aura eu raison de Georges Kay. À l’issue de la saison suivante, le technicien anglais a laissé sa place sur le banc du LFC.

L’équipe de Liverpool en 1946-1947, championne d’Angleterre. Bob Paisley est debout, le quatrième en partant de la droite.

Bob se servira de cet épisode pour manager ses hommes par la suite, en tant que technicien. Il déclare que cette expérience lui fera adopter une approche différente, pour annoncer aux joueurs qui ne jouent pas dans les grands matchs, car il sait ce qu’ils ressentent. Mais on n’y est pas encore…

Robert est ressorti grandi de cet épisode, puisque dès la saison 1950-1951, il est devenu le capitaine du club de la Mersey. Avec un but marqué lors de la réception de West Bromwich Albion en championnat, et 42 matchs disputés (son record sur une saison), Paisley et Liverpool terminent neuvième en championnat, et sortent tristement au troisième tour de FA Cup contre Norwich.

Pour la première saison de Donald Welsh à la tête de Liverpool, les Reds ne font pas mieux qu’une onzième place, un point devant Sunderland. Le club rouge de la Mersey est éliminé au cinquième tour de la FA Cup, punis par Burnley. A titre individuel, le skipper joue 40 matchs lors de cette saison 1951-1952, pour trois buts inscrits : un en FA Cup contre Wolverhampton, et deux en championnat contre West Bromwich Albion et Stoke City.

Bob Paisley, ballon en main, entre sur le terrain en premier, en tant que capitaine du Liverpool Football Club.

La saison 1952-1953 vire au vinaigre pour Liverpool. Le club termine à la dix-septième place du championnat, une honte pour le club. S’ajoute à cela une piteuse élimination au troisième tour de FA Cup contre le Gateshead AFC, le club du nord-est de l’Angleterre. Dans ce marasme, le skipper Paisley n’aura pu jouer que 26 matchs, tous en championnat. Il a inscrit ses seuls buts de la saison contre Portsmouth, lors d’une défaite 1-3, et lors d’une victoire acquise dans la souffrance 5-3 contre Newcastle. La relégation en deuxième division n’est évitée que lors de la dernière journée de la saison, lorsque les Reds s’imposent 2-0 face à Chelsea devant 47 000 personnes à Anfield.

La fin de carrière de Bob est dramatique. Pour sa dernière année au club, lors de la saison 1953-1954, Liverpool est éliminé sur la plus petite des marges (0-1), contre les Wolves au troisième tour de la FA Cup. Mais le plus dramatique est la relégation du club en seconde division. Bon dernier avec 28 points, Robert joue seulement 19 des 42 matchs de championnat. Il a inscrit deux buts contre Sheffield Wednesday lors du nul (2-2) à Anfield, puis la semaine suivante lors de la victoire 6-1 contre Aston Villa à domicile.


C’est ainsi que s’est achevée la carrière de joueur de Bob Paisley. Elle avait bien commencé, puis a été interrompue par le conflit mondial entre 1939 et 1945, avant de redémarrer sur les chapeaux de roues. Si sur le plan collectif, Liverpool frustrait et laissait à désirer, le skipper restait une valeur sûre du royaume, si ce n’est le meilleur à son poste. Une fin de carrière à partir des années 1950 ternie par le déclin progressif de son club de cœur. La descente aux enfers n’est que partie remise, puisque désormais, le skipper va s’attaquer aux sommets.

Un dévouement pour le restant de sa vie

Robert Paisley est une énigme. Connu pour sa discrétion dans la vie, il se trouve être un leader une fois le palier d’un stade franchi. Un leader prévoyant, qui a anticipé son après carrière. S’il est aujourd’hui naturel de se poser la question, ce n’était pas un sujet courant pour les joueurs de l’époque. Bob est le premier à le faire. Les tracas relatifs à cette problématique ont eu un impact sur son niveau de jeu, surtout lors des deux dernières saisons.

Bob Paisley, avec sa femme et l’un de ses trois enfants

Son souci principal était la source de revenus : comment allait-il nourrir sa femme et ses enfants ? Dans cette optique, il s’oriente dans un chemin curieux pour l’époque, mais aujourd’hui lourd de responsabilités : il choisit de s’orienter vers la médecine sportive. Bob Paisley suit des cours par correspondance pour devenir un masseur-physiothérapeute qualifié.

Durant sa formation, il a écumé les hôpitaux de Liverpool pour approfondir son apprentissage. L’objectif était d’être sur le « terrain » pour comprendre, et observer comment les blessures sont traitées. Un complément d’apprentissage qui a été facilité par l’intervention de deux hommes : le directeur du LFC Thomas Valentine Williams, et le fondateur de Littlewoods, John Moores. Un rôle fondamental dans le sport de haut niveau, tout en étant dans l’ombre : cette fonction lui sied à merveille.

Amoureux de l’institution, attaché à Anfield, Robert s’est consacré à son unique désir : celui de se rendre indispensable à son club de cœur. Le football est encore très rudimentaire dans les années 1950, les médecins de club, les préparateurs physiques, tous ces postes qui composent aujourd’hui un staff, n’existaient pas. Le jeune retraité anglais est l’un des tous premiers, et meilleurs médecins sportifs de l’histoire du football. Il pouvait déceler la moindre blessure d’un joueur juste en le regardant.

Photo des travaux de Kemlyn Road.

Après cette expérience couronnée de succès, Paisley obtient son diplôme. Toujours dans son envie d’aider l’unique club professionnel de sa carrière, il revient dans le domaine de la maçonnerie. Un univers qu’il connait bien, puisqu’il était maçon dans sa jeunesse après son expérience à la mine. Plutôt que de retourner dans le nord-est de l’Angleterre chez lui, il va consacrer et user de ses compétence… pour Anfield ! Ainsi, il a construit de nouveaux abris pour les joueurs, installé des toilettes dans la tribune de Kemlyn Road, mais aussi conçu de nouveaux tableaux d’affichage. Le dévouement jusqu’au bout, et sur plusieurs années.

Bob Paisley, dans la lignée de ses nombreuses activités, est également entraineur de l’équipe réserve de Liverpool. Le 17 novembre 1959, Phil Taylor est remercié par la direction du club. Le poste d’entraineur de l’équipe première est vacant, jusqu’au 1er décembre 1959. Comme un cadeau de noël bien avant l’heure, Liverpool aura un présent qui le change à jamais. Le premier jour de ce mois de décembre, un entraineur écossais débarque sur les bords de la Mersey :  Bill Shankly.

(De gauche à droite) : Bill Shankly ; Bob Paisley, adjoint et médecin du club ; Joe Fagan, chargé des entrainements de l’équipe première ; Ronald Moran, entraîneur de la réserve du LFC ; Reuben Bennett, membre du staff ; Tom Saunders, entraîneur des catégories de jeunes.

L’arrivée de Bill Shankly en tant qu’entraîneur en décembre 1959 a transformé le destin du club. Bill Shankly et Bob Paisley se sont immédiatement bien entendu. Dès sa prise de fonction, l’écossais s’entretien avec les hommes forts du club (Bob Paisley, Joe Fagan, Tom Saunders, Ron Moran & Reuben Bennett). Il tient à créer une identité forte en se basant sur ceux qui sont déjà au club. Il veut également créer un esprit de corps de tous les instants, afin de solidifier le club et le ramener au sommet.

Bill Shankly et son contingent d’hommes forts ont ensuite procédé au grand ménage dans le club au travers de plusieurs points. Tout d’abord, ils mettent en place une méthode d’entrainement moins rudimentaire, moins axée sur la course et le physique, plus basée sur l’utilisation du ballon et la vitesse. Ensuite, ils organisent des réunions quotidiennes pour discuter tactique, des exercices du jour, du match à venir ou encore faire part des doléances des joueurs. Enfin, ils créent la « Boot room », une salle commune pour ces dites réunions, les réceptions, et plus globalement entretenir la vie de groupe. Bill Shankly s’appuie sur l’héritage de Phil Taylor, tout en y mettant sa patte. Une des spécialité de Bill Shankly, et qui deviendra par la suite celle du club, est d’être une école pour les buteurs.

Ainsi, il donne pleinement confiance au regretté Roger Hunt, le buteur maison décédé le 27 septembre 2021. Connu pour sa qualité devant les cages, sous la houlette du coach écossais il s’avère être un très bon premier rideau dans le travail collectif. Le buteur anglais a inscrit 41 buts en 41 matchs de Second Division, lors de la saison 1961-1962, contribuant largement au titre en D2 et à la remontée de Liverpool dans l’élite anglaise. Il recrute également deux maillons forts : Ian St John, un attaquant clinique et créatif, qui formera un duo ravageur avec Roger Hunt. Parmi les gros coups de Shankly, on trouve également le futur ballon d’or Kevin Keegan.

Bob Paisley et Bill Shankly avec la FA Cup 1965

La suite est encore plus belle, puisque le duo Shankly-Paisley s’offre le championnat d’Angleterre dès la saison 1963-1964, puis récidive en 1965-1966 et en 1972-1973. Le duo anglo-saxon soulève les FA Cup 1965 et 1974, les Charity Shield 1964, 1965 et 1966, mais également le tout premier trophée européen du LFC : l’UEFA Cup en 1973. Un trophée d’une importance capitale, puisqu’il va lancer la plus grande dynastie européenne anglaise. Bill Shankly se retire en 1974, après une ultime victoire en FA Cup contre Newcastle sur un score sans appel : 3-0.

Le géant écossais se retire après quatorze saisons, et reste à ce jour le plus grand manager de l’histoire de Liverpool. Pour assurer une continuité dans l’emprise rouge, Robert Paisley son adjoint, est nommé entraineur des Reds. Le plus grand laisse sa place à celui qui sera l’entraineur anglais le plus titré de l’histoire.

Sa carrière d’entraineur : rivalité et gloire rouge.

Pour sa première saison en tant qu’entraineur principal, Bob fait le choix de la continuité par rapport à l’ère Shankly. Connaissant parfaitement les joueurs, il met en place un système de jeu qu’il magnifie avec le temps : le 442. Une animation pleine d’audace, de créativité, d’engagement et tonique. Les adversaires de Liverpool seront vite submergés par les attaques rapides et incessantes voulues par le coach anglais.

Paisley démarre l’exercice 1974-1975 par une victoire lors du Charity Shield contre les champions d’Angleterre en titre : Leeds United, alors dans son âge d’or. Une confrontation particulière, puisque les Peacocks sont entrainé par celui qui deviendra le rival de Robert : Brian Clough.

Une victoire acquises aux pénaltys, marquée par les exclusions à l’heure de jeu de Billy Bremmer et Kevin Keegan. Durant cette saison, les Reds ne passent pas le second tour de la Coupe des coupes (C2), et s’arrêtent au quatrième tour des deux coupes nationales : la League Cup et la FA Cup. En championnat, Liverpool termine second, à deux points de Derby County. Une place synonyme de qualification en Coupe de l’UEFA la saison suivante.

Brian Clough (à gauche NDLR) sous les couleurs de Nottingham Forest est opposé à Bob Paisley. Une confrontation régulière, qui débute au temps où Clough était le coach de Derby County. Une rivalité saine, qui a tenu en haleine l’Angleterre du football.

La saison 1975-1976 est l’une des plus belles de l’histoire du club. En FA Cup, le club est éliminé dès le quatrième tour par Derby County. En League Cup, ils ne font pas mieux qu’un troisième tour, éliminés au replay par Burnley. Mais l’essentiel est ailleurs. Liverpool conclut sa saison par un titre de champion d’Angleterre, un point devant ceux qui les avaient battus en ouverture de championnat : les Queens Park Rangers de Dave Sexton. Sur la scène européenne, Liverpool s’adjuge le trophée en battant Bruges en finale, après avoir écarté la Real Sociedad et le FC Barcelone sur sa route. Un doublé championnat-coupe de l’UEFA, qui appelle encore d’autres titres : l’ogre rouge est affamé. La recette de Paisley fonctionne. Le jeu prôné, les soins prodigués, sa gestion du groupe : Bob et ses hommes montent en puissance.

L’exercice 1976-1977 est historique pour Liverpool. En League Cup, le club de la Mersey est éliminé au troisième tour par West Bromwich Albion au replay. En FA Cup, Liverpool perd en finale contre Manchester United de manière assez surprenante. Dans l’optique d’une autre échéance, Bob Paisley a tronqué son légendaire 442 pour un 433. Une surprise tactique qui n’a pas payé mais qui n’est que partie remise. En championnat, Liverpool décroche un second titre consécutif un point devant Manchester City.

Cette saison-là, Liverpool s’adjuge sa première Coupe d’Europe des Clubs Champions (C1). Les Reds se sont défaits notamment de Saint-Etienne, finaliste de l’édition précédente. Mais plus encore, Robert Paisley bat en finale le club allemand en vogue : le Borussia Mönchengladbach au Stadio Olimpico de Rome, sur le score de 3-1. Pour la deuxième fois de sa vie, le natif de Durham parade dans Rome après avoir battus des allemands. Déjà vu…

Bien aidé par un Kevin Keegan de gala tout au long de la saison, ce dernier est transféré l’été suivant à Hambourg. L’adaptation difficile au football allemand lui coûtera le Ballon d’Or de cette année, décerné au finaliste de la C1 Alan Simonsen avec une différence de trois petits points. Le tacticien anglais repère et recrute alors un attaquant plein de talent venant de Glasgow. Un sens du but inné, une science du déplacement qui le rend insaisissable, et une palette complète qui n’a d’égale que son aisance technique. Bob vient sans le savoir, de mettre la main sur celui qui sera le plus grand joueur de l’histoire de Liverpool, un certain Kenneth Dalglish.

Bob Paisley congratule Ian Callaghan, l’attaquant mythique des Reds, après la finale de C1 1977 remportée à Rome.

La saison 1977-1978 est une révolution à bien des égards, mais également un parti pris de Bob. L’arrivée de Kenny Dalglish permet au boss Paisley d’évoluer tactiquement. La mobilité et l’endurance de l’attaquant écossais donne aux Reds la possibilité d’évoluer en 4411. Une aubaine pour Bob, qui peut désormais rendre l’animation de son équipe encore plus fluide, créative et parfaitement illisible pour ses adversaires. La liberté accordé au numéro 7 augmente les possibilités de permutations entre les ailiers et les buteurs, dans les attaques placées ou en contres.

Le technicien anglais est désireux de se concentrer sur la défense de son titre européen avec son recrutement Liverpool la Supercoupe d’Europe contre le Hambourg d’une vieille connaissance : Kevin Keegan. Si le match aller en Allemagne est équilibré (1-1), le match retour est une démonstration des Scousers à Anfield (6-0). Le Charity Shield est partagé, car tenu en échec par le Manchester United de… Dave Sexton.

Sur la scène domestique, un tremblement de terre est ressenti. Dès la saison de sa montée, Nottingham Forest est sacré champion d’Angleterre. Encore une équipe de Division Two qui s’adjuge rapidement après sa promotion le championnat en D1. L’homme à l’origine de cet exploit phénoménal ? Brian Clough ! Ce dernier n’est pas à son premier coup d’essai, puisqu’il avait réussi le même exploit avec Derby County.

Les confrontations entre les Reds et les Tricky Trees sont très équilibrées et se soldent sur des scores de parité (0-0 et 1-1). Liverpool est la seul écurie a avoir résisté à la furie du club du East Midland.  Le club de la Mersey n’est pas au bout de ses peines, puisque les Tricky Trees vont également les battre en finale de League Cup. Un doublé coupe championnat inédit et hors du temps.

Robert est un tacticien soucieux d’apporter de la créativité en permanence dans son jeu. Afin d’atteindre ses objectifs, il recrute en janvier 1978 un milieu de terrain écossais : Graeme Souness. Venu de Middlesbrough, il devient la pièce essentielle du milieu de terrain du coach anglais. Fin techniquement, excellent passeur, très bon finisseur et véritable aboyeur sur le terrain, il incarne les ambitions dans le jeu de Bob Paisley. Un excellent coup de ce dernier, puisqu’il lui permet de réaliser le back to back en C1, dans une réédition de la finale de C3 1976 : Liverpool-Bruges. Mission accomplie.

Le Liverpool de Kenny Dalglish et Graeme Souness (au centre en train de se serrer la main) est au sommet de son art sous la houlette de Bob Paisley

L’exercice 1978-1979 est rempli de paradoxes. En League Cup, Liverpool est éliminé dès le premier tour par Sheffield United. En Coupe d’Europe des clubs champions également. Mais pas par n’importe qui, puisque leur bourreau n’est autre que… Nottingham Forest ! Encore eux ! Un duel explosif d’entrée de jeu, qui a tourné à l’avanatage des Tricky Trees au match aller (2-0). Un match somptueux, dans lequel Nottingham a étalé toute sa qualité technique, son jeu hyperactif et collectif parfaitement huilé. Le match retour à Anfield (0-0) n’y change rien. Non content d’avoir pris la couronne nationale aux Reds, Forest s’en va prendre le graal européen de Liverpool cette année-là. En FA Cup, la troupe de Bob est éliminée par Manchester United après un replay.

En championnat, Liverpool retrouve son trône en remportant le trophée devant les hommes de Brian Clough. Une saison historique alors, puisque le club de la Mersey compte 68 points, un record historique en Division One. Un bilan de 30 victoires, 8 nuls et seulement 4 petites défaites. Cette saison est considérée comme la plus belle de l’ère Paisley, si ce n’est de l’histoire du club. L’anglais est au sommet de son art dans son management et son coaching. Le jeu déployé, mais surtout le niveau stratosphérique des individualités ET du collectif impressionne la planète football. Celle-ci ne s’y trompe pas, lorsqu’elle considère Liverpool comme la meilleure équipe du monde. 

Brian Talbot, le milieu de terrain des Gunners, qui laisse exploser sa joie sur son but, synonyme de qualification pour Arsenal en finale de FA Cup 1980

La saison 1979-1980 est de la même veine. Liverpool remporte le Charity Shield, aux dépends d’Arsenal. En C1, ils sont éliminés dès le premier tour. En revanche, ils sont sacrés champions d’Angleterre, deux points devant Manchester United. Demi-finalistes de League Cup, ils sont éliminés par leur bête noire du moment : le Nottingham Forest de Cloughie. Mais le plus surréaliste arrive en FA Cup. Demi-finalistes, ils sont éliminés par Arsenal après… quatre matchs !! Une première opposition, suivie de trois replays qui marquent une première dans l’histoire de la compétition. Ces matchs auront eu raison d’Arsenal, qui aura joué 11 matchs sur le seul mois d’avril 1980. Ils perdront les finales de FA Cup et de Cup Winners’ Cup (C2).

Durant cet exercice, Paisley n’hésite pas à changer de système en cours de match. Son traditionnel 442 au coup d’envoi du matcch, se mue en 4411. La nouveauté de cette saison est l’usage occasionnel du 433. Bob l’utilise dans les premiers matchs de la saison, en fin de en cas de résultat défavorable. Lorsqu’il y a recours, c’est pour densifier son attaque.  

Pour l’exercice 1980-1981, Robert a une ambition claire : récupérer sa couronne européenne. Il délaisse ainsi le championnat, terminant à une modeste cinquième place, loin des standards du club sur la scène domestique. En FA Cup, les Reds sont éliminés au quatrième tour par leur voisin et frère : Everton. Liverpool remporte les autres compétitions : le Charity Shield et la League Cup contre West Ham, mais surtout la Champions League.

Laurie Cunningham, le meilleur joueur du monde, au duel dans les airs contre Phil Thompson, lors de la finale de C1 Liverpool-Real Madrid en 1981.

Liverpool affronte en finale le Real Madrid. Cette année-là, il y a deux duo intenables sur la scène européenne : les deux meilleurs buteurs de la compétition (Dalglish et Souness), et les deux meilleurs ailiers de la compétition (Juanito et Laurie Cunningham). Ces deux duos se croisent donc au Parc des Princes, en finale, pour être couronnés rois d’Europe. Deux équipes désireuses des courbes de cette coupe aux grandes oreilles. Dans cette opposition, Liverpool s’en tire grâce à une réalisation d’Alan Kennedy, le latéral gauche, en fin de match. Un match marqué par les assauts incessants de Juanito et Cunningham, intenables dans leurs couloirs respectifs, mais tombés contre plus expérimentés à ce stade de la compétition.

La saison 1981-1982 est l’avant dernière de Paisley sur le banc de touche de Liverpool. Les Reds remportent le championnat, devant Ipsiwch Town, et la League Cup, en battant Tottenham en finale. Cependant, Liverpool a été platement battu par Flamengo lors de la finale de la Coupe intercontinentale 1981. Ils ont également été éliminés par le CSKA Sofia en quart de finale de C1 et, de façon surprenante, par Chelsea (alors en deuxième division) au 5e tour de la FA Cup.

TWB22RELOADED: Division One 1985 1986 Chelsea Liverpool Decisive Game
L’effectif de Liverpool au coup d’envoi de la saison 1985-1986. Kenny Dalsglish est assis au milieu, Bob Paisley est à sa droite, en tant que consultant & bras droit.

Pour sa dernière saison sur le banc du LFC, Bob ne remporte pas la Coupe d’Europe, après avoir été éliminé par Widzew Łódź en quart de finale et, de façon inattendue, par Brighton & Hove Albion au 5e tour de la FA Cup. Néanmoins, il se retire sur la meilleure des notes domestiques possibles : Il remporte le quatorzième titre de champion du club, et s’est adjugé pour la troisième saison consécutive la League Cup en battant Manchester United 2-1 au stade de Wembley. Robert a 63 ans, et décide de se retirer du banc de touche. Néanmoins, il gravite encore autour de l’équipe première après cela, notamment en occupant un rôle de consultant. Sa mission est de prendre de la hauteur et du recul sur la situation de son équipe, afin de l’éclairer au mieux. Son rôle s’est accentué lorsque Kenneth Dalglish est devenu entraineur-joueur. L’œil du natif de Durham permet au néo-technicien écossais de remporter le doublé FA Cup-Championnat pour sa première saison, lors de l’exercice 1985-1986.  

Profil d’une légende

Bob Paisley décide de prendre sa retraite sur cette ultime saison, avec un bilan étourdissant : en 535 matchs, il a mené ses hommes à la victoire 307 fois, concédé 132 matchs nuls et subi seulement 96 défaites. Sous sa houlette, son équipe aura marqué 955 buts, en en ayant encaissé 406. Le palmarès est quant à lui sans appel : 6 championnats, 3 Coupes d’Europe des clubs champions, 3 League Cup, 6 Charity Shield et 1 UEFA Cup. Enfin, à titre personnel, il est élu entraineur de l’année six fois, en 1976, 1977, 1979, 1980, 1982 et 1983. L’ancien latéral gauche est un manager à l’image de son style de jeu : offensif, fluide et régulier.

Tacticien hors-pair depuis sa période de joueur professionnel, il est l’homme qui a démocratisé le 442 en Angleterre. Bien avant Sir Alex Ferguson et Arsène Wenger, sa méthode était tellement efficace que le 442 est resté une norme commune pour tous les clubs jusqu’en 2004. Un 442 qui pouvait se muer en 4411 (voire en 4231), selon le positionnement du très mobile Kenny Dalglish. L’héritage tactique de l’anglais ne sera dépassé qu’il y a peu, lorsque José Mourinho instaurera le 433 lors de son premier mandat à Chelsea. Une recette qui a traversé les époques, en partant du milieu des années 1970 jusqu’au milieu des années 2000, soit 30 ans.

Parmi les nombreux hommages décernés à Bob, on trouve le Paisley Gateway, orné des trois coupes d’Europe remportées par le technicien anglais, qui ouvre ses portes en direction du Kop d’Anfield.

Mais plus que la tactique, les trophées, ou encore son apport au club, c’est le caractère de Bob qui l’aura rendu si spécial. Robert a été admiré et respecté par les fans et ses coéquipiers pendant ses années de joueur pro. Bien que très attaché à son nord-est natal, il se sentait et avait été pleinement adopté en tant que scouse. Hardi, endurant, assidu, engagé, sont les termes les plus pertinents pouvant décrire le joueur, l’entraineur et l’homme qu’il était. Intraitable sur son coté gauche, il mettait l’accent sur la défense, sans omettre de peser offensivement. Un style qui lui était propre en tant que joueur, qu’il a parfaitement transposé sur son Liverpool plus tard en tant que coach.

Bob Paisley s’est éteint à l’âge de 77 ans, le 14 février 1996, dans sa ville d’adoption, à Liverpool. D’un naturel réservé, désireux d’apprendre, et de rendre au club de la Mersey, il ne marchera jamais seul, tant il a œuvré et procuré du bonheur et de la fierté aux Reds. Un amour unique, une union jusqu’à la mort entre Liverpool et le meilleur entraineur de tous les temps. Le dernier mot de ce long portrait revient aux supporters du LFC qui, au moment de son décès, dirent d’une seule voix :  » You’ll Never Walk Alone « .

Abdou lad

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